Confidences

Super tu dois être heureuse !

Plus de 6 ans à attendre une place, quelle aubaine ! Ben non, je ne le suis pas !
Comment répondre que j’attendais cette brusque nouvelle sans l’espérer. Les sentiments sont  extrêmes, contradictoires, douloureux…
… Le handicap invite les émotions aussi à sortir de la norme.
Je repense au départ de sa sœur quelques années plus tôt, ma mélancolie toute maternelle cohabitait avec ma confiance dans son aptitude à voler de ses propres ailes. J’ai observé et accompagné au mieux ses pas d’albatros, puis suivi et admiré son envol.
Cette maman qui m’attendait à l’entrée du foyer n’a pas trouvé les mots.
Comment d’autres pourraient ?
Certains, de croire que je vais m’ennuyer sans elle, d’autres, souffrir de la séparation. Je ne réplique plus. Il y a confort à ne plus parler quand le chagrin inonde…
La veille, je choisis, emballe avec elle et joue l’emballée « Et ça tu amènes ? ». Oui, elle emporte tout, un profond désir de ressentir, de vivre !
La voiture calme l’agitation du matin et donne cependant à l’émotion la possibilité de s’introduire. L’appel de sa sœur dissipe définitivement toute bonne résolution et le masque de la maman sereine se fendille. Le seul mot de la grand-mère « Courage » destiné à m’aider ne m’agresse que davantage. Marre d’être courageuse, je craque !
Je pense pouvoir me ressaisir durant le trajet mais les 50 minutes n’y suffisent pas. Malgré mes efforts pour calmer cette envahissante émotion, les va-et-vient aux toilettes pour sécher ce que je crois être les dernières larmes et tenter de me concentrer sur ma respiration, je ne parviendrai pas à lui montrer un visage de mère confiante et apaisée. Je repartirai avec, et les 50 autres minutes de retour seront tout aussi mornes.

Bienveillance et choix…               Zazou, celle par qui tout a commencé... Un handicap citoyen pour Elle et les autres

La bienveillance est partout, dans les regards, les mots et les gestes mais elle ne parvient à me contaminer. Dieu que je me déteste ainsi !
Je ressasse les raisons pour lesquelles j’ai opté pour un foyer : qu’elle ait SA Vie ! Son univers, ses amis et qu’on ne soit plus ses seuls référents. Et qu’on se retrouve ma chérie, intensément !
Mais ces mêmes arguments ne parviennent pas à me rasséréner. Nous avons choisi, son père, sa sœur et moi. Elle non. Je mesure à nouveau ce privilège conféré à l’humain « le choix » et je réalise une fois encore combien on l’use et en abuse si peu. Circonscrit dans les bornes qu’on se fixe, on s’érige nos propres handicaps. Mais elle, mais eux, n’ont de frontières que l’immense infini de leurs rêves… et nous dans nos propres projections frustrées leur avons construit un monde limitant.
Ils sont parqués dans des univers clos où seuls les proches viennent gratuitement. Et Dieu sait si la concentration effraie ! Un allemand seul pendant la guerre, qui ose lui tirer dessus ? Surtout s’il est blessé. Un bataillon et on mitraille sans hésiter ! Et qui a envie de s’aventurer vers un bus d’asiatiques, d’africains ou d’une quelconque communauté homogène ? Même un convoi de splendides miss ou de footballeurs devient effrayant…
Non je ne suis pas heureuse parce que plutôt que de découvrir le monde, elle va n’avoir pour horizon que le sien. Celui qu’on lui a assigné. Et moi je crois profondément que sa juste place, comme celle de tout un chacun, est parmi nous.

Alors ma conviction résonne plus fort encore…

…Et notre mission de « Bâtir un Handicap Citoyen » prend encore plus de sens…



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